ENTREPRISE 08.07.2026

Article L223-19 du Code de commerce : procédure, enjeux et risques des conventions réglementées en SARL

Edouard
l223-19 code de commerce : registre des conventions réglementées SARL
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L'article L223-19 du Code de commerce est un pilier de la gouvernance des Sociétés à Responsabilité Limitée (SARL). Ce texte encadre strictement les conventions conclues entre la société et ses dirigeants ou ses associés pour prévenir les conflits d'intérêts. Pour tout gérant ou associé, maîtriser cette procédure est nécessaire pour assurer la régularité des actes de gestion et éviter des sanctions civiles ou pénales.

Le texte officiel de l'article L223-19

L'article dispose que toute convention intervenant directement ou par personne interposée entre la société et l'un de ses gérants ou associés doit être soumise à l'approbation de l'assemblée des associés.

Conventions réglementées en SARL

Le gérant ou l'associé intéressé ne peut prendre part au vote, et sa voix n'est pas prise en compte pour le calcul du quorum et de la majorité. En l'absence de commissaire aux comptes, cette convention doit être soumise à l'approbation préalable des associés. Dans le cas d'une société ne comprenant qu'un seul associé, les conventions sont simplement inscrites sur le registre des décisions.

Mécanisme et procédure : une protection contre les conflits d'intérêts

Le législateur a instauré ce dispositif pour garantir que les contrats passés par la société avec ses propres dirigeants ne soient pas conclus au détriment de l'intérêt social. Le contrôle s'exerce à deux niveaux.

Schéma du processus d'approbation des conventions réglementées en SARL selon l'article L223-19 du Code de commerce
Schéma du processus d'approbation des conventions réglementées en SARL selon l'article L223-19 du Code de commerce

Le rapport du gérant ou du commissaire aux comptes

La procédure impose au gérant ou, le cas échéant, au commissaire aux comptes, de présenter à l'assemblée un rapport sur les conventions intervenues. Ce document détaille la nature de l'opération, son utilité pour la société, ainsi que ses conditions financières. Ce rapport permet aux associés de se forger une opinion éclairée avant de se prononcer.

L'interdiction de voter pour l'intéressé

Pour éviter toute collusion, l'intéressé ne participe pas au vote. Cette règle est d'ordre public. Si le gérant est seul associé, il est dispensé de cette formalité de vote, mais l'obligation de transparence demeure via le registre des décisions. La rigueur documentaire est ici essentielle : chaque décision doit être consignée avec précision pour être opposable en cas de contrôle fiscal ou juridique, évitant ainsi toute contestation sur la réalité des transactions.

Conséquences d'une convention non approuvée

Si une convention réglementée est conclue sans respecter ces formalités, la sanction peut être lourde pour les parties prenantes.

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La nullité relative peut être prononcée si la convention a eu des conséquences préjudiciables pour la société. Par ailleurs, la responsabilité civile du gérant ou de l'associé ayant contrevenu à la procédure peut être engagée s'il est prouvé que la convention a causé un dommage à la structure. Enfin, dans certains cas, la responsabilité peut être étendue solidairement entre les dirigeants ou associés impliqués.

Cas pratiques et exceptions

La portée de l'article L223-19 s'étend aux conventions passées avec des sociétés où un associé ou un gérant est également impliqué. Cette extension vise à couvrir les situations de conflits d'intérêts indirects. Par exemple, si une SARL loue des locaux appartenant à une société civile immobilière détenue par son gérant, cette opération tombe sous le coup de la procédure des conventions réglementées.

Il est fréquent de s'interroger sur le sort des conventions courantes. Les conventions portant sur des opérations courantes conclues à des conditions normales ne sont pas soumises à cette procédure. Toutefois, la notion d'opération courante reste une appréciation factuelle : en cas de doute, la prudence impose de suivre la procédure d'approbation pour sécuriser l'acte.

Articulation avec les autres articles du Code de commerce

L'article L223-19 ne s'applique pas de manière isolée. Il doit être lu en cohérence avec l'article L223-18, qui définit les pouvoirs du gérant, et l'article L223-20, qui précise les conséquences des conventions conclues sans autorisation préalable. Cette architecture législative forme un ensemble cohérent visant à protéger le patrimoine social et à garantir une gestion transparente au sein des SARL.

La distinction entre ces articles permet de délimiter les responsabilités : tandis que l'article L223-18 encadre le pouvoir de représentation, l'article L223-19 impose une transparence décisionnelle spécifique aux opérations présentant un risque de conflit d'intérêts. Le respect de ces dispositions est un indicateur de bonne gouvernance, souvent vérifié lors de la nomination d'un commissaire aux comptes ou lors de la cession de parts sociales.

Rôle du commissaire aux comptes

Lorsque la société est dotée d'un commissaire aux comptes, son rôle est déterminant. Il est chargé de vérifier la conformité des conventions et de rédiger le rapport spécial. Ce rapport est un document de référence pour les associés lors de l'assemblée annuelle. En l'absence de commissaire aux comptes, c'est au gérant d'assumer cette responsabilité de transparence, ce qui renforce l'importance de la tenue rigoureuse du registre des décisions.

Le non-respect de ces obligations de rapport peut entraîner des sanctions, non seulement pour le gérant, mais également pour la société elle-même, qui pourrait se voir privée de la possibilité de faire valoir ses droits en cas de litige. La documentation juridique est donc le premier rempart contre les risques de mise en cause de la responsabilité des dirigeants.